Le poker vous rapporte beaucoup d’argent et vous êtes tenté par la vie de « grinder », voire de champion ? Ou au contraire, vous remettez en question ce choix ?

Dans les 2 cas, il s’agit de la vaste question de la place du poker dans la vie du joueur : jusqu’où faut-il aller ? Quelques éléments de réponse dans cet article.

Décider de vivre du poker

En êtes vous vraiment capable ?

Depuis l’ouverture du marché du poker en ligne, de plus en plus de jeunes joueurs sont séduits par l’idée de vivre exclusivement de celui-ci, surtout après avoir gagné quelques milliers d’euros. Pourtant, tout amateur de poker même gagnant de l’argent ne peut et ne doit pas tenter l’aventure. Pourquoi ?

  • Quelques mois positifs ne suffisent pas à avoir assez de recul sur son jeu et en particulier sur la variance. Plusieurs années de jeu semblent un minimum avant même de se poser la question « dois-je passer pro ».
  • Passer pro du poker exige certains renoncements : à des revenus fixes, aux crédits (les banques vous demanderont de très grosses garanties ou vous les refuseront tout simplement), et surtout à une vie sociale « normale » (isolement, le fait que les meilleures tables sont disponibles le week-end, vie nocturne…).
  • Certains joueurs ne savent plus s’arrêter et vont droit dans le mur (le fameux « tilt« ) : fatigue extrême, journées passées à jouer, aucune remise en question… Autrement dit, le niveau de jeu pour vivre du poker est bien là, mais plus le niveau mental.
  • La vie de pro n’est pas celle que l’on fantasme (îles de rêve, voyages, rencontres, totale liberté…). Et le poker devenu un métier n’est plus le loisir des débuts.

Au fond, tout le problème est de savoir si la pratique professionnelle du poker vous conviendra ou s’il vaut mieux pour votre équilibre que vous vous en teniez à quelques heures le week-end.

Conseils à ceux qui franchiront le pas

  • Gérez avec le plus grand soin votre bankroll du jour où vous avez quitté votre emploi et où vos seuls revenus dépendent du poker. La banqueroute ne sera plus une simple « erreur »…>
  • Voyez large : quelques milliers d’euros sur votre bankroll joueur ne suffiront jamais à vous faire supporter la variance et à encaisser l’argent dont vous avez besoin pour vivre. Gérez soigneusement 2 comptes : celui pour vos dépenses quotidiennes, avec au moins 6 mois de marge ; celui consacré au poker qui doit être suffisamment confortable pour prétendre aux limites dont les gains alimenteront le premier compte.
  • Ayez une activité physique : le poker en ligne implique de longues heures passées assis qui ne sont bénéfiques ni pour votre corps (prise de poids, …) ni pour votre esprit. Une vie saine sera véritablement une puissante alliée à long terme, ce pourquoi le champion Bertrand Grospellier alias « Elky » revient souvent sur cette thématique.
  • N’oubliez pas la question fiscale. Si l’exil n’est pas obligatoire, le flou législatif doit vous inciter à prendre conseil auprès de spécialistes (un avocat par exemple), à être prévoyant « au cas où » et à tenir scrupuleusement vos comptes pour éviter un terrible redressement
  • Evitez les dépenses inutiles. Se faire plaisir est une chose, gaspiller en est une autre. Cela vaut surtout si par exemple les 3 premiers mois vous faîtes de gros bénéfices : faire la cigale est tentant, mais les 3 mois suivants peuvent être nettement plus rudes…

Laisser derrière soi la vie de pro

Beaucoup de gros joueurs réguliers pour qui le poker est devenu la principale (sinon l’unique) source de revenus se posent la question à un moment ou un autre : période difficile (variance et « bad run »), peur que « ça ne puisse pas durer éternellement », problèmes affectifs et d’hygiène de vie…

A moins d’être un grand champion jouant aux tables de Phil Ivey, un grinder finit tôt ou tard par revenir au poker comme loisir. Cela nécessite de la réflexion, mais surtout de surmonter certaines peurs et une stratégie de reconversion.

Pourquoi tout arrêter ?

Nombreux sont les grinders qui mettent en avant la liberté de leur mode de vie. Il soulignent également toutes les contraintes auxquelles ils échappent :

  • avoir un patron à qui rendre des comptes
  • la routine et 7 semaines de congés annuels
  • un salaire fixe de 2 000€ / mois

Peu en revanche s’étendent sur les aspects négatifs, parfois très lourds, de la chose :

  • expatriation par crainte d’un redressement fiscal accablant
  • vie sentimentale et familiale difficile (« j’ai 35 ans et pas de femme ni d’enfants », « ma femme ne supporte plus de me voir passer des heures devant mon écran le week-end »…)
  • stress, doutes, grande remise en question et déprime lorsque la variance se fait ressentir et que vient une période de « bad run » (le joueur perd malgré tout ce qu’il entreprend)…

D’un côté, il n’est plus question de talent au jeu, mais profondément de l’adoption d’un mode de vie à part et difficile. Ceux qui ont franchi le pas et s’y sont essayés sont généralement jeunes, célibataires et ne tiennent souvent pas plus de quelques années. D’un autre côté, la honte de faire marche arrière et la frustration constituent des obstacles importants à surmonter.

Retour au monde du travail

Beaucoup appréhendent les éventuels entretiens d’embauche : vont-ils avouer que ces 3 dernières années, ils ont vécu du poker en Thaïlande ou dans un paradis fiscal ?

Pour mieux les affronter, il importe d’être soi-même au clair sur les raisons qui poussent à s’arrêter. Un « bad run » de quelques semaines ne résume pas tout (travailler son jeu de manière acharnée peut résoudre le problème) et surtout, le tournant n’est pas forcément à prendre comme un échec. Le tout étant de se fixer un nouvel objectif.

Si vous comptez postuler à une offre d’emploi, voici quelques conseils :

  • Soyez honnête sur votre activité de joueur. Mieux vaut expliquer que vous avez vécu du poker 3 ans plutôt qu’un silence ou l’excuse du chômage.
  • Mettez en valeur les qualités acquises qui vous seraient utiles pour l’emploi en question : persévérance, gestion de compte, gestion du stress…
  • Si vous vous êtes expatrié, cette expérience pourra être valorisante (voyages, maîtrise d’une langue étrangère, ouverture d’esprit…).

Sachez cependant que le salariat n’est pas l’unique option, surtout si vous tenez à conserver votre indépendance ou si vous n’avez ni diplôme prestigieux, ni grande expérience professionnelle. Utiliser l’argent amassé pour créer son entreprise, acheter un fond de commerce ou investir dans une affaire ou l’immobilier sont des alternatives ayant au moins autant de valeur. Si vous les trouvez risquées, pensez aux risques que vous avez pris avec le poker !

Par ailleurs, le retour en France n’est pas obligatoire, surtout si vous vous êtes expatrié. Si par exemple Bangkok vous a plu, pour quelques dizaines de milliers d’euros il est relativement aisé d’y créer votre propre emploi…

Exemples de reconversions réussies

  • Phil Gordon, après avoir amassé 3,5 millions de dollars en tournoi, a levé des fonds auprès d’un business angel pour ouvrir sa propre plateforme de jeu en ligne sur Facebook, JawFishGames. Au menu, des heads-up non pas de poker mais d’anagrammes !
  • Après le fameux « Black Friday » qui a mis fin aux activités du géant FullTiltPoker, les frères Dang ont arrêté le poker en ligne après avoir amassé 13 millions de dollars. L’un des 2, Di, a ouvert un restaurant en Virginie du Nord, le Chasin, auquel il consacre désormais l’essentiel de son temps.
  • Le champion Tony G (Antanas Guona de son vrai nom) a toujours mené en parallèle du poker une vie de businessman. Il projette désormais de se lancer en politique en tant que député européen, ce qui impliquera une mise de côté des tapis verts.
  • Joe Sebok, qui par ailleurs est l’un des joueurs les plus détestés de la communauté du poker, a décidé de tout arrêter pour se consacrer au vin. Il travaille désormais en Californie chez Vinify.

Il ne s’agit là que de quelques champions dont la reconversion a été relayée. Mais des dizaines de joueurs anonymes ont réussi à changer de vie. Si vous en faîtes partie, n’hésitez pas à poster votre témoignage en commentaire !

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