Pro-gamers : doit-on vraiment les envier ?

La médiatisation à grande échelle des jeux vidéos ainsi que les fulgurants progrès techniques ont introduit un nouveau concept : celui d’e-sport. Désormais considérés comme des sportifs professionnels, les meilleurs joueurs sont adulés et rémunérés grassement. Mais pour un Daigo ou un Faker, combien galèrent derrière leur écran ?

E-sport : un phénomène en pleine expansion

La finale du 4ème championnat du monde de League of Legends a rassemblé 40.000 personnes au sein du Seoul World Cup Stadium, le stade qui avait accueilli le match d’ouverture de la Coupe du Monde de football 2002 entre la France et le Sénégal (douloureux souvenir). Un an auparavant, le même événement avait été suivi par 32 millions de téléspectateurs… L’époque de Pac-Man ou même de Mario Bros et Zelda est définitivement révolue : aujourd’hui, les jeux vidéo se conçoivent rarement sans une version multijoueurs, et les compétitions se multiplient.

finale league of legends

La recette des jeux stars

La liste des jeux utilisés dans les principales compétitions est étonnamment réduite : League of Legends, StarCraft 2, DotA pour les plus récents, sans oublier les indémodables Counter-Strike ou Street Fighter, dans leurs versions actuelles. Les simulations de football, comme FIFA ou PES, font elles l’objet de tournois spécifiques, et peuvent être considérées comme « à part » dans l’univers de l’e-sport. Au sein de celui-ci, difficile de prévoir à l’avance le succès ou l’échec retentissant d’un jeu. Cependant, certains éléments semblent indispensables pour susciter un engouement international :

icone avis wap Simplicité

Le proverbe généralement appliqué au poker 5 minutes pour apprendre, une vie pour le maîtriser s’applique parfaitement ici. Le principe global du jeu doit être simple, le nombre d’actions possibles est parfois très limité. Le meilleur exemple est sans doute le jeu de simulation automobile TrackMania, conçu spécialement pour le sport électronique, dont les fonctions se limitent à accélérer, freiner, gauche et droite.

 icone avis wapDextérité

Les meilleurs joueurs doivent être capables de réaliser un grand nombre d’actions différentes en un minimum de temps pour devancer leurs adversaires. Le nombre d’actions par minute (APM) est ainsi un critère essentiel de réussite dans certains jeux vidéo, notamment ceux de stratégie en temps réel comme Starcraft 2. Les pros peuvent atteindre un APM de 300, soit 5 actions par seconde.

icone avis wap Coordination

Pour League of Legends par exemple, qui voit s’affronter 2 équipes de 5 joueurs (pour le mode de jeu le plus fréquent), le talent des participants est évident très important, mais l’entente entre coéquipiers et la synchronisation des actions sont des éléments primordiaux. Précisons que si ces 3 critères sont essentiels, ils sont rarement présents simultanément dans le même jeu.

Une médiatisation massive

Les compétitions de jeux vidéo deviennent-elles populaires car diffusées sur de multiples supports, ou vice-versa ? Quoi qu’il en soit, les chaînes proposant ce genre de programmes se multiplient :

  • Web TV dédiées : MilleniumTV, NEtGaming, OrigineTV… la liste est longue !
  • Dailymotion : Le site français d’hébergement et de visionnage de vidéos en ligne est certes moins incontournable que Youtube, mais il a su se recentrer sur certains domaines de niche, dont l’e-sport.
  • Twitch : LE site incontournable dans ce domaine attire mensuellement près de 40 millions de visiteurs. Sa popularité est devenue telle que Google (via Youtube) a tenté de le racheter en mai 2014 pour la coquette somme d’un milliard de dollars. Finalement, c’est Amazon qui remportera la mise, pour environ 970 millions de dollars.

Les chaînes de télévision commencent également à diffuser les principaux événements : par exemple, ESPN2 a rassemblé plus 20 millions de personnes derrière leur écran pour la finale de The International 4 (tournoi de DotA 2) en juillet 2014.

Au coeur du star-system

Qui dit engouement médiatique dit joueurs adulés par des millions de fans dans le monde.

Certains professionnels des jeux vidéo ont véritablement acquis le statut de star, généralement pour leurs performances hors-normes. En terme de niveau de jeu, les Coréens sont inégalés : comment ne pas mentionner Im Yo-Hwan (plus connu sous le pseudo de BoxeR) pour Starcraft ou Faker pour League of Legends ? Certes, ces jeux se disputent en équipe, mais cela ne les empêche pas de sortir du lot.

Les autres pays asiatiques se sont pas en reste : le Japon abrite par exemple le meilleur joueur de monde à Street Fighter, Daigo Umehara. Il est rentré dans l’histoire de la discipline grâce à ce come-back magistral en demi-finale de l’EVO (tournoi uniquement consacré aux jeux de combat en un contre un). Même ceux qui n’y connaissent rien peuvent se rendre compte de la dextérité nécessaire pour parvenir à ce niveau (pour les plus impatients, l’action principale débute autour de 2min.40) :

Certains Européens se sont pas en reste : s’il ne peuvent rivaliser sur le pur plan du gaming, ils parviennent cependant à être riches et célèbres par d’autres moyens.

Prenons le cas de Carlos Rodríguez Santiago, alias « ocelote » sur League of Legends. S’il gagne jusqu’à 700.000€ par an, c’est en se vendant comme une marque plus que comme un simple joueur. Ses gains en tournois ou le salaire offert par son équipe ne représentent qu’un maigre pourcentage de sa rémunération totale : les revenus issus de la vente de produits dérivés ou ses sponsors personnels (attirés par ses plus de 600.000 likes sur Facebook) lui rapportent une coquette somme.

Et en France, alors ?

Si les pays asiatiques, en particulier la Corée du Sud, fournissent un nombre incalculable de champions, nos petits Français ne sont pas en reste… Ils règnent d’ailleurs sur certaines disciplines :

icone avis wap Super Mario Kart

Certes, ce jeu n’est pas aussi présent dans le domaine du sport électronique que sa popularité ne laisse le croire, mais comme les joueurs français y excellent, on ne va pas se priver de l’évoquer ! Mention spéciale à Florent Lecoanet, quintuple champion du monde, dont voici un aperçu des exploits lors de la finale 2014 :

 icone avis wapFIFA

L’équivalent virtuel de Zidane ou Platini se nomme Bruce Grannec ! Après avoir gagné de nombreuses compétitions sur PES, Spank (aussi surnommé « la machine ») a migré sur FIFA pour le plus grand malheur de ses adversaires. Magnanime, il offre des conseils en vidéo pour se faire pardonner :

 

icone avis wap Ultra Street Fighter 4

Daigo étant en perte de vitesse, c’est un Français qui s’est engouffré dans la brèche ! En 2014, Luffy a remporté l’EVO : c’est le premier joueur non-asiatique à réaliser un tel exploit (aucun Européen n’avait même atteint le top 8). Pour ajouter à son prestige, il a gagné en jouant le personnage de Rose, loin de faire l’unanimité au sein des joueurs pros, qui préfèrent souvent Sagat, Chun-Li ou Akuma.

Voici la finale en vidéo (les plus observateurs remarqueront que Luffy joue avec une manette de PS1 alors que la quasi-totalité des participants utilise un Pad : à croire qu’il s’inflige lui-même des handicaps).

 

Impossible également de ne pas nommer Bertrand Grospellier alias ElkY, champion de Starcraft au début des années 2000, qui s’est ensuite tourné vers le poker avec le succès que l’on sait. Son brillant successeur se nomme Stephano, sans doute le meilleur joueur non coréen de l’histoire de ce jeu. Il est également l’un des pro gamers les plus populaires (plus de 66.000 abonnés sur Twitter et des dizaines de millions de vues sur sa chaîne Twitch).

La dure réalité

Tout comme dans la plupart des sports professionnels, pour quelques champions adulés et qui gagnent des millions, beaucoup de joueurs peinent à joindre les 2 bouts et peinent à vivre de cette activité.

Et pourtant, leurs horaires n’ont rien à envier à la plupart des salariés : pour rester compétitifs, les joueurs doivent s’astreindre à de longues heures d’entraînement chaque jour, week-end compris. De plus, ces séances ne sont généralement guère réjouissantes, car il s’agit souvent de répéter inlassablement les mêmes mouvements, pour acquérir des automatismes et augmenter sa dextérité.

Ces sacrifices ne sont pas toujours récompensés financièrement. Les sources de revenus des pro-gamers peuvent être divisées en 3 catégories principales :

  • Le salaire (le joueur peut être embauché par une équipe dans le cadre de jeux multijoueurs, ou par un sponsor)
  • Les revenus liés au streaming, très variables selon la popularité du joueur
  • Les gains en tournois ; cependant, difficile d’accrocher les meilleures places tant le niveau global est excellent de nos jours

Sur ces 3 sources, seule la première est régulière et assurée. Pour un métier aussi usant psychologiquement (le stress des tournois, de la compétition, ou même provoqué par l’insécurité de l'emploi) que physiquement (essayez d’atteindre un APM de 300, qu’on rigole !), il offre très peu de stabilité. Peu nombreux sont ceux qui parviennent à vivre de cette manière plus de quelques années.

L’avenir réserve cependant quelques promesses : certains joueurs commencent à obtenir des visas d’athlète favorisant l’obtention d’un permis de travail aux Etats-Unis. Si l’e-sport perd un jour son préfixe et devient considéré comme un sport à part entière, cela ouvrira des perspectives bien plus alléchantes pour les joueurs, tant sur le plan fiscal (étalage des gains répartis sur plusieurs années, diverses exonérations…) qu’au niveau de la considération du public.

Pour approfondir le sujet, vous pouvez visionner cet excellent (bien que légèrement daté) reportage sur le sujet, réalisé par la chaîne Game One :

Cet article vous a-t-il été utile ?Oui   Non