Jeux vidéo et cinéma : un mélange explosif

Attirés par le succès du gaming, les studios hollywoodiens ont cherché dès sa naissance à s’inspirer du jeu vidéo, pour générer de nouveaux profits.

Les transpositions purement commerciales ont souvent échoué, mais les échanges d’idées plus poussés donnent aujourd’hui des résultats spectaculaires dans les deux univers.

L’impossible adaptation ? 

Du jeu vidéo au film sur grand écran : un pari risqué

Transposer un jeu vidéo sur grand écran n’est pas chose facile, et beaucoup de réalisateurs s’y sont essayés… Avec plus ou de moins de succès.

La preuve ici avec quelques unes des pires transpositions :

  • La saga Resident Evil
  • Hitman
  • Need For Speed
  • Max Payne

Sur le plan purement visuel, le résultat peut être époustouflant grâce aux nouvelles technologies : effets spéciaux, décors virtuels ou encore motion capture. Là où le bat en blesse en revanche, c’est souvent du côté de l’histoire. Difficile pour un scénariste de retranscrire un jeu à l’écran tout en y restant pleinement fidèle. Réussir une adaptation nécessite bien souvent de trahir l’oeuvre originale pour mieux épouser les codes du nouveau support. Le résultat pour les joueurs est donc souvent décevant.

Le grand public lui semble moins s’offusquer des incohérences entre la copie et l’original. Prince of Persia : les sables du temps (2010), avec Jake Gyllenhaal, a tout de même réalisé plus de 2 000 000 d’entrées en France, tout comme le célèbre Lara Croft : Tomb Raider (2003) mettant à l’honneur Angelina Jolie.

Films Jeux
 

Est-ce la présence de stars qui réussit à attirer le public malgré un scénario pas toujours bien ficelé ? Le débat reste ouvert.

Les critiques de cinéma et les puristes des jeux restent très sévères dans leurs critiques, déversant leur bile avant même les sorties officielles.

Hollywood ayant encore l’intention d’exploiter le potentiel commercial du produit culturel le plus vendu au monde, les projets d’adaptation abondent : Metal Gear Solid, Assasin’s Creed, Halo ou encore Splinter Cell seraient au programme.

Certains projets laissent même plutôt perplexe quant à leur intérêt cinématographique, comme Tetris, Minecraft (le sandbox au cinéma ?) ou encore Angry Birds (sortie prévue en 2016).

Les « films à jouer » : un produit dérivé souvent bâclé

Le procédé inverse, consistant à lancer un jeu dérivé d’un film, se solde lui aussi souvent par un échec.

Le premier jeu vidéo d’arcade inspiré d’un film de cinéma date de 1975, suite à l’incroyable succès en salles de Jaws (Les Dents de la mer), Atari édite la borne d’arcade Shark Jaws. C’est le début d’une pratique souvent décriée par les gamers.

Atari Shark Jaws
 

Considéré comme un produit marketing destiné à générer de l’argent, au même titre que les posters, t-shirts ou figurines, le jeu vidéo basé sur un film est souvent conçu à la va-vite. Sa sortie devant concorder avec celle du film, les concepteurs n’ont pas le temps de réaliser des phases de test.

Les bugs sont donc nombreux, et les graphismes comme la jouabilité déçoivent les attentes des gamers. Avatar, Bienvenue chez les Chti’s (sorti sur Nintendo DS) ou Les Visiteurs (sorti sur Playstation et PC en 2001) ont tous fait un flop en terme de ventes, malgré un succès retentissant en salles.

La durée de vie de ces jeux est courte, et ils sont vite relégués au placard une fois le succès du film estompé.

Quelques succès, produits majoritairement dans les années 90, existent malgré tout :

      • Dune (PC, 1992)
      • Aladdin (Nintendo, 1993)
      • La famille Adams (1992)
      • GoldenEye 007 (sorti sur Nintendo 64 en 1997)
      • Star Wars Rogue Leader – Rogue Squadron II (Game Cube, 2002)

Malgré des résultats mitigés, le cinéma continue cette pratique pour rentabiliser au mieux des films à gros budget, et tenter de profiter de la manne financière que représente l’industrie du jeu.

Depuis 2002, la moyenne des adaptations est de plus de 22 jeux dérivés par an selon l’INA. Reste à espérer que la qualité des jeux s’améliore dans les années à venir.

Hybrider les deux mondes pour de nouvelles idées

Si la transposition au sens propre est difficile et se conclut souvent par un échec, des inspirations mutuelles plus larges nourrissent en revanche les deux univers.

Et les résultats obtenus sont détonants.

Plus que des jeux, des histoires à vivre

Les jeux vidéo modernes sont devenus de véritables films. Les scénarios sont élaborés, et de vrais acteurs vont jusqu’à prêter leur image aux personnages du jeu.

Aidés par des consoles de plus en plus puissantes, les développeurs de jeu vidéo s’attachent à proposer des expériences complètes aux joueurs. Aujourd’hui, le développement du gameplay a ainsi presque autant d’importance que l’univers du jeu et son histoire.

Musique, narration, spectacle… Les cinématiques et saynètes des gros blockbusters sont aujourd’hui dignes du cinéma hollywoodien.

Certains univers très développés réussissent à donner au joueur l’impression d’être au cœur d’un film, grâce à un réalisme très travaillé et une stroryline prenante : Max Payne, The Last of Us ou encore Xenogears sont plébiscités par les joueurs.

Le usages du jeu au service des scénaristes

Le cinéma s’inspire lui aussi de l’univers du jeu vidéo : certains codes sont largement repris sur grand écran. Ils font écho à des univers et pratiques connus des gamers : mondes parallèles, pouvoirs surnaturels, boucles temporelles…

Edge of Tomorrow par exemple ressemble tout entier à un jeu vidéo, et a été bien noté par les critiques. Matrix ou Tron sont également de belles réussites.

Enfin, d’autres films vont jusqu’à intégrer le jeu dans l’histoire. Les plus grand réalisateurs s’y essayent :

      • eXistenZ, film réalisé par David Cronenberg en 1999, dans lequel une créatrice imagine un jeu directement connecté au système nerveux humain
      • Scott Pilgrim, sorti en 2010 rempli de références geek
      • Les mondes de Ralph, film d’animation basé dans une salle d’arcade
      • Pixels, où les jeux vidéo s’en prennent aux humains

Pixels film
 

Un rapprochement intellectuel entre les deux industries s’est opéré, créant des produits culturels de qualité variables, mais souvent inédits et surprenants.

Lorsque la simple logique de transposition commerciale est dépassée, s’inspirer d’un autre univers tout en l’adaptant à son support de destination permet de nourrir l’imagination et de créer, au jeu comme au cinéma, de nouvelles histoires passionnantes.

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