FIFA vs PES : Le match sans fin ?

Chaque automne depuis près de 15 ans, FIFA et PES se disputent le titre de meilleur jeu de football sur console, et les articles comparatifs sur la toile foisonnent. Alors que de l’avis de tous FIFA avait pris une certaine avance, PES fait un retour fracassant avec sa version 2015, relançant à nouveau un match que les deux rivaux ne semblent pas près de lâcher.Fifa vs PES

Une opposition d’identités

Un peu comme Nadal et Federer en tennis, le match FIFA-PES oppose deux idées du jeu, deux identités. Un contraste autrefois tranché qui avait fini par s’atténuer, avant de réapparaître dans la dernière version.

Le triomphe de la Simulation sur l’esprit Arcade

Premier jeu de football entièrement en 3D (FIFA 96), première utilisation de la motion capture et apparition du mode foot en salle (FIFA 97)… A la fin des années 1990, Electronic Arts enchaîne les innovations et s’impose sur le marché avec sa série FIFA lancée en 1993. Fort de son estampille officielle et de ses importants moyens, le jeu attire les joueurs avec des atouts de poids. Sa maniabilité immédiate à la portée de tous, son ambiance festive et ses stades réalistes font de la franchise un rendez-vous annuel, avec des équipes toujours plus nombreuses et des bandes-son à base de tubes du moment – quel joueur n’associe pas Blur ou Fatboy Slim à FIFA ?

Avec sa série International Superstar Soccer, Konami fait de son côté bonne figure sans avoir le même attrait, malgré un ISS Pro Evolution notable en 1999. La donne change en même temps qu’arrive la PS2 : en 2001 sort Pro Evolution Soccer, un jeu exigeant, nettement moins orienté Arcade que FIFA, soit une vraie simulation s’éloignant des tricks faciles de la franchise d’Electronic Arts. Plus austère, moins coloré mais tellement plus crédible pour beaucoup d’amateurs du ballon rond, PES s’impose comme le choix du réalisme. Le joueur y a l’impression d’avoir disputé un « vrai » match de foot après chaque partie. En face, les actions de FIFA apparaissent d’un coup trop « programmées ». L’année suivante, PES 2 enfonce le clou et terrasse un FIFA 2001 qui semble se reposer sur ses lauriers.

Plus de doute, il y a désormais 2 écoles : l’extravagance de FIFA contre le sérieux de PES. FIFA gardera des fidèles, mais le phénomène est là : pendant les 5 années suivantes, PES devient le jeu de référence. Jusqu’à devenir le bien culturel le plus vendu en France en 2006 avec 1,6 millions d’exemplaires écoulés.

FIFA brouille les pistes et reprend la main

EA Sports finira par tirer les leçons de son déclin. L’éditeur profite de l’arrivée des consoles HD (PS3 et X-Box 360) pour renouer avec ce qui avait fait sa force : l’innovation. FIFA 08 instaure ainsi un nouveau mode de jeu en ligne pour jouer à 5 contre 5 et séduit de nouveau. Surtout, EA décide venir jouer sur le même terrain que son rival et repense son gameplay pour s’éloigner de l’arcade. Avec succès : FIFA 09 fait reprendre l’avantage à la franchise aux yeux du public, bien aidé par un PES défaillant techniquement sur les nouvelles consoles. Konami se retrouve petit à petit hors du coup et déçoit. Les années passent et les comparaisons entre les 2 jeux se résument à la liste des améliorations de FIFA, assurément de retour sur son trône. EA Sports a été bien inspiré d’imiter Konami, qui ne sait plus comment réagir pour se démarquer. FIFA est redevenu le seul choix comme jeu de foot sur console et l’ordre ancien se trouve rétabli.

Le retour de PES et de l’opposition ancienne

Une nouvelle fois, la mise sur le marché d’une nouvelle génération de console va être le salut du « perdant ». Pourtant, quand arrivent en 2013 la PS4 et la X-Box One, Konami semble distancé comme jamais. La firme japonaise fait l’impasse sur le début de la next-gen et FIFA 2014 sort sans adversaire sur les nouvelles consoles. On se dit alors que Konami a définitivement pris trop de retard. En réalité, comme dans les meilleurs épisodes de Rocky, le challenger préparait son retour dans l’ombre. L’année suivante, Konami oppose à FIFA 15 un PES 2015 digne de ses meilleurs crus sur PS2. Modélisation des joueurs, graphismes, sensations : l’expérience rappelle la simulation d’antan, avec une difficulté retrouvée pour marquer des buts. FIFA de son côté conserve son ADN portée sur le spectacle et l’opposition réapparaît alors :  les joueurs ont à nouveau le choix entre 2 expériences de jeu différentes.

La bataille marketing

Les 2 jeux se livrent une bataille farouche pour mener le marché du jeu de football, sport le plus populaire du monde.

Electronic Arts : le poids lourd

Figurant parmi les 3 plus grandes sociétés éditrices de jeux vidéos dans le monde par son chiffre d’affaire, l’américain Electronic Arts est une machine marketing aux moyens imposants. Fer de lance de sa filiale canadienne EA Sports, la série FIFA est un de ses produits les plus porteurs, dont les atouts sont toujours plus attirants pour le public. En premier lieu, la franchise a l’avantage de jouir des licences officielles de la « vraie » FIFA. Du coup, les joueurs se sentent immergés en retrouvant partout dans le jeu des éléments issus de la réalité :

  • Noms des joueurs
  • Maillots
  • Equipes
  • Championnats
  • Stades

De leur côté, les joueurs de PES ont longtemps dû se contenter de jouer avec des Radolno et autres Butatista. Encore aujourd’hui, ils doivent déchiffrer certains noms de clubs pour savoir auxquels ils correspondent.

Avec son statut, FIFA dispose naturellement d’ambassadeurs prestigieux pour assurer son rayonnement et apparaît comme le jeu de référence pour les personnalités du football. Il faut dire que ces dernières sont souvent associées aux campagnes de lancement de chaque mouture. Notamment dans les spots publicitaires :

 

Les plans de communication d’EA se font à grande échelle et passent par tous les canaux, de la presse gaming et sportive aux soirées de lancement avec invités people. Surtout, EA a su prendre de l’ampleur en s’imposant sur internet. Les réseaux sociaux sont notamment aujourd’hui le canal essentiel de la communication sur FIFA, dont l’avance sur PES se compte en nombre d’abonnés : 13 millions en tout sur Facebook et Twitter pour PES, 25 millions pour FIFA. Et ce sans compter l’immense communauté « FIFA Ultimate Team », le mode de jeu en ligne à succès, grâce auquel les joueurs peuvent composer leur équipe et évoluer en achetant des crédits. Une monétisation plus que lucrative pour EA.

Au final, ce sont 14 millions d’exemplaires de FIFA 14 qui se sont vendus dans le monde lors de l’année de la Coupe du Monde au Brésil, consacrant alors FIFA sur le terrain du gaming et du marketing. Face à cette force de frappe, PES avait réussi à tenir la comparaison grâce à son aura de jeu de référence et le succès commercial allant avec.

La guerre des jaquettes

Au coeur de leur affrontement, les 2 jeux se sont arrachés les personnalités du football pour leurs jaquettes respectives, gages de crédibilité pour les aficionados. Pour FIFA, le joueur célèbre sur la pochette est une habitude historique, qui a débuté avec David Ginola (pour la France) sur FIFA 97. Ce n’est qu’à partir de PES3 que Konami, jouissant de sa nouvelle réputation, a pu se payer les services d’une tête connue pour ses produits. C’est le célèbre arbitre Pierluigi Collina qui fut affiché. Choix que l’on peut voir au passage comme une affirmation de l’identité de PES : originalité et sérieux.

PES continue par la suite en attirant les joueurs les plus prestigieux : Totti, Drogba, Terry, Adriano, font face à Davids, Giggs, Vieira, Rooney ou encore Ronaldinho chez FIFA. Certains joueurs passent même d’un jeu à l’autre, illustrant la bagarre entre les deux titres : Thierry Henry, fière effigie de FIFA 2001, 2002 et 2004, apparaît sur PES 4 et ses suites. Plus tard, le procédé s’inverse : Léo Messi, visage de PES de 2009 à 2011, est « repris » par FIFA en 2012, au plus fort de son leadership. En réponse, Konami mise sur Cristiano Ronaldo, déjà présent sur la pochette de PES 2008. De la même manière que les 2 stars se disputent le titre de meilleur footballeur de la planète sur le terrain, la rivalité entre les 2 jeux est personnifiée dans les bacs : FIFA = Messi, PES= Cristiano.

PES 2013 Jaquette

fifa-13-jaquette

Comme pour souligner son renouveau, PES change en 2014 avec Mario Götze, héros de la finale du dernier mondial. FIFA de son côté, continue de capitaliser sur Messi.

La place pour un challenger ?

Le sempiternel duel entre FIFA et PES focalise aujourd’hui l’attention sur le marché du jeu de foot, faute de trouver un troisième concurrent osant troubler l’ordre établi. Peut-on pourtant rêver d’une alternative ?

L’option “fun”

Etant donnée l’assise historique prise par les 2 titres, venir rivaliser sur le terrain de la simulation paraît illusoire, a moins d’être d’une exceptionnelle qualité. On se dit qu’il faudrait une offre différente, telle qu’une alternative “fun », pour sortir du lot. Quelques jeux s’y sont déjà risqués, mais on constate que les tentatives se sont se raréfiées avec les années, faute de succès :

  • Red Card

En 2002, Midway Games proposait ce jeu qui permettait toutes les fautes qui nous passaient par la tête sur le terrain. Un défouloir où tous les (pires) coups étaient permis, agrémenté de gestes techniques délirants. Remarqué par son concept, le jeu n’était pas assez abouti pour durer.

Red Card Jeu

  • Mario Smash Football

Dans la lignée de ses jeux comme Mario Kart, Nintendo choisit en 2005 de faire disputer des matchs de football à ses personnages bien connus. Fidèle à l’esprit de l’enseigne japonaise, Mario Smash Bros est un jeu d’arcade total où l’amusement l'emporte sur toute forme de réalisme, proposant nombre de coup spéciaux enflammés. Bien accueilli par les joueurs et la critique, le jeu fut un petit succès. Hélas, il était réservé aux joueurs de Nintendo et, faute de suites, n’a pas su s’installer sur la durée.

  • FIFA Street

De la difficulté de se positionner : EA a proposé lui-même une alternative à son jeu de foot avec sa série FIFA Street, dont la dernière mouture est sortie en 2012. Inspiré du mode foot en salles de FIFA, très populaire dans les années 90 mais qui avait été abandonné, le jeu propose de jouer au football de rue avec les stars du ballon rond les plus techniques : Ronaldinho, Messi, etc. Alliant les graphismes proches de FIFA (et même son moteur de jeu pour le dernier en date) et le plaisir des tricks, il est déjà une offre différente pour les gamers amateurs de foot.

A bien y regarder, les FIFA et PES semblent avoir pris trop d’avance, d’autant que leurs versions 2016 sont attendues de pied ferme, l’opposition promettant de faire des étincelles.

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