Poker et e-Sport : ce qui nous rapproche

 

Et si le poker en ligne était appelé à rejoindre la grande famille du eSport ? Que vous soyez amateur, pro ou simple observateur dans l’un de ces deux domaines, vous avez forcément entendu parler de l’autre. Le plus gros gagnant français en tournois de poker, ElkY, est aussi un ancien champion de Starcraft et se lance aujourd’hui comme joueur pro dans Hearthstone. Récemment, le poker a fait son apparition sur Twitch, le site de streaming consacré aux jeux vidéos. De véritables affinités existent, illustrées par les parcours de certains joueurs et par les liens toujours plus forts entre ces deux mondes.

A l’heure ou certains tournois de poker proposent des qualifications sur Hearthstone ou League of Legends, essayons de comprendre ce qui nous rapproche !

Quand les pros du jeu vidéo passent au poker

Symbole du rapprochement entre deux mondes que tout semblait séparer, des pointures internationales du eSport ont décidé de se lancer dans une carrière de poker.

Les plus connus d’entre eux s’appellent ElkY (Bertrand Grospellier) et Lim Yo Hwan (BoxeR). Tous deux sont d’anciens champions de StarCraft, véritables stars dans leur domaine et suivis par de très nombreux fans qui se sont inévitablement intéressés à ce tournant dans leur carrière. Ils sont donc en grande partie responsables de l’intérêt grandissant de la communauté eSports pour le poker.

Bertrand « ElkY » Grospellier

Bertrand Grospellier alias "ElkY"
 

Beaucoup de joueurs de poker connaissent le monde de l’e-sport à travers le parcours d’ElkY.

Avant de connaître la gloire sur les tables de poker, ElkY était pro-gamer en Corée du Sud et l’un des meilleurs joueurs mondiaux de StarCraft Brood War.

Il s’est notamment classé deuxième aux World Cyber Games en 2001, à l’issue d’une finale âprement disputée contre BoxeR.

Contre toute attente, il revient en force sur la scène eSport en 2016, en remportant l’Insomnia Truesilver Championship Redemption Cup sur Hearthstone.

 

Lim « BoxeR » Yo Hwan

Lim Yo Hwan alias "BoxeR"
 

BoxeR est sans doute l’un des joueurs de jeux vidéo les plus connus de tous les temps. Légende vivante en Corée du Sud, pays où les eSportifs sont aussi célèbres que les footballers en France, il ne compte pas moins de 600 000 membres actifs dans son fan club et ne sort plus sans ses gardes du corps…

Coup de théâtre en décembre 2013 : il annonce la fin de sa carrière e-Sport pour se consacrer au poker. Depuis, plus vraiment de nouvelles : celui qui avait battu ElkY sur StarCraft aux World Cyber Games est loin d’avoir connu le même succès sur les tables.

Mais l’annonce de cette reconversion, qui a fait beaucoup de bruit, a largement contribué à augmenter l’intérêt d’une partie du public eSport pour le poker.

De StarCraft aux Multi-Tables, toujours plus de skill

Le Skill ? Au poker comme dans un jeu-vidéo, c’est ce qui définit la qualité d’un joueur : plus vous avez de skill, moins votre victoire dépend du hasard et de la chance. Dans les tournois et compétitions de haut niveau, l’ambition de réduire au maximum la part du hasard est peut-être ce qui rapproche le plus ces deux univers.

Pour y arriver, les joueurs e-sport et les pro du poker développent de plus en plus des capacités similaires.

Losira, l’un des joueurs de StarCraft II ayant le plus d’APM ElkY battant le record de multi-tabling au poker Un exemple de multi-tabling sur Hearthstone

Multitasking et micro-gestion

C’est un point commun majeur entre les joueurs e-sport et les pros du poker en ligne : les deux conditionnent leur cerveau à être multitâche tout en pratiquant la micro-gestion.

Le multitasking est la capacité d’effectuer plusieurs tâches en même temps.

Ce terme vient de l’informatique, mais s’applique aussi aux humains : les joueurs de e-sport comme de poker doivent être capable de prendre de plus en plus de décisions dans un laps de temps réduit. Au poker, la pratique du multi-tabling en est l’exemple le plus parlant.

La micro-gestion désigne toutes les opérations que  le joueur doit effectuer sur chaque élément ou unité du jeu.

Par exemple, un joueur de StarCraft devra réussir à gérer chaque unité individuellement plutôt que de faire des actions groupées pour obtenir de meilleurs résultats. C’est évidemment bien plus difficile que d’appliquer un même plan d’action pour toutes les unités. La micro-gestion demande donc une certaine gymnastique mentale afin de surveiller et gérer de nombreux paramètres différents.

Le parallèle est facile à faire avec le poker en ligne et les grinders, qui doivent non seulement surveiller le déroulement de plusieurs parties en même temps, mais adapter leur stratégie à chacune. Il y a donc une certaine logique dans le fait que ElkY, qui a été l’un des meilleurs joueurs mondiaux de StarCraft, soit aussi le recordman du monde de multi-tabling au poker.

Multitasking et micro-gestion
 

Endurance et vigilance

A haut niveau, l’entraînement et l’hygiène de vie sont des problématiques que l’on rencontre à la fois au poker et dans l’e-sport.

Car si le cerveau n’est pas exactement un muscle, ses performances augmentent avec l’entraînement. Pour rester concentrés pendant des heures et garder une vigilance optimale sur de nombreux paramètres, les joueurs de poker et les e-sportifs pratiquent un entraînement intensif :  de ce point de vue, on peut les comparer aux athlètes de haut niveau.

Si un nageur comme Michael Phelps s’entraîne jusqu’à 6 heures par jour, c’est parfois jusqu’à 15 heures que les joueurs de poker et de jeux vidéo passent chaque jour devant leur écran pour améliorer leurs performances.

Il est d’ailleurs conseillé dans les deux cas de pratiquer un autre sport à côté : par exemple, Michael Phelps pratique la musculation pour nager plus vite. De la même manière, pratiquer un sport d’endurance comme la course à pied ne pourra être que bénéfique pour développer la persévérance et la solidité mentale nécessaires dans un tournois de poker ou d’e-sport.

Dextérité et APM (actions par minutes)

L’APM est un terme venu tout droit du eSport et qui désigne le nombre d’actions par minute effectuées par le joueur.

A titre d’exemple, certains e-sportifs arrivent à un APM de 400, ce qui correspond à près de 7 clics correspondants à une action précise par seconde.

Cet aspect est évidemment plus spécifique aux jeux vidéo de type STR ou MOBA tels que StarCraft ou League of Legends. 

On peut également le retrouver dans le poker en ligne, notamment dans le cas de certains joueurs qui arrivent à pratiquer le multi-tabling à l’extrême. Lorsque l’on joue sur 64 tables en simultané comme ElkY, mieux vaut avoir un APM correct pour ne pas rater son tour…

Le poker sera t-il bientôt un eSport ?

Soyons lucide : nous assistons aujourd’hui à un effondrement du poker en ligne, tandis que l’eSport est en pleine explosion.

Les grands acteurs du poker en ligne considèrent d’ailleurs qu’un jeu comme Hearthstone représente une concurrence sérieuse pour leur secteur, mais également une opportunité. La question se pose de savoir si le poker sera relégué au second plan par les jeux vidéo compétitifs, ou s’il pourra au contraire en profiter et s’intégrer dans cette dynamique.

Le poker s’invite dans les jeux-vidéo

Jeux vidéo et poker : le mélange des genres
 

Le poker souffre aujourd’hui d’être un univers trop fermé, pas assez grand public. Mais il pourrait attirer de plus en plus de fans de jeux vidéo et un site comme PokerStars l’a bien compris.

On a ainsi vu apparaître de nouvelles offres visant clairement les gamers : le Pokertars Gaming Live Contest, en partenariat avec Jeuxvideo.com, permet de se qualifier pour un tournoi live à partir des principaux jeux eSport (Hearthstone, League of Legends, Dota2, CS:GO, Starcraft II…).

D’autres tentatives sont en cours, notamment le développement de Holdem X, un jeu au croisement de Hearthstone, Magic : The gathering et du Poker qui permet de piocher des cartes dans son deck pour améliorer sa main.

Un mélange des genres qui montre bien que les rooms cherchent à atteindre par tous les moyens cette « génération millénaire » qui a grandi avec les jeux vidéo et qui se passionne pour le eSport.

Une opportunité de reconversion pour les e-sportifs en fin de carrière ?

Réciproquement, le poker intéresse aussi les acteurs du e-sport. Notamment parce qu’il constitue un point de chute potentiel pour toute une génération de eSportifs qui sera forcée tôt ou tard de laisser la place aux jeunes pousses, en tout cas dans les jeux les plus exigeant en terme de condition physique. Comme dans les sports de haut niveau, le turnover est bien réel dans le circuit des compétitions Starcraft, DOTA 2 ou League of Legends, car à partir d’un certain âge l’APM et le niveau de réflexes commencent à baisser.

Les exemples de joueurs passant du sport électronique au poker comme ElkY ou BoxeR pourraient donc être de plus en plus courants à l’avenir.

Le poker permettrait à ces pro gamers retraités de se reconvertir dans un jeu nécessitant moins de motricité mais tout aussi  exigeant en aptitudes mentales pour la réflexion, la micro-gestion et le multi-tasking.

Mais de nombreux obstacles empêchent encore le poker en ligne d’accéder au statut de véritable eSport :

  • Encore considéré comme un jeu de hasard par le grand public
  • Jeu physique avant d’être électronique
  • Législations nationales qui compartimentent les masses de joueurs

Ce dernier point est aujourd’hui le plus contraignant. Tant que les législations ne permettront pas à nouveau aux joueurs du monde entier de s’affronter, les adversaires ne seront pas assez diversifiés et les prizepools pas assez attractifs pour attirer un large public.

"Le gaming c'est vraiment le sport du futur et c'est en pleine explosion actuellement" Interview d'Elky sur We Are Players.fr

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