10 légendes urbaines sur les casinos

Martingale à la roulette, comptage des cartes au blackjack… Astuces éclairantes qui vous rendront riche ou fantasmes de badauds rêveurs aux portes du Bellagio de Vegas ? Même si certains mythes sur les casinos et leurs jeux ne sont pas tout à fait infondés, voici 10 mythbusters.

1. La roulette, c’est 50/50

C’est le postulat de base de la fameuse martingale classique à la roulette, qui permettrait de gagner à tous les coups : en jouant une série de coups simples sur le rouge ou le noir et en doublant sa mise tant que l’on perd, on finit forcément par être au moins remboursé puisqu’on a 1 chance sur 2 de gagner. Cette méthode est illusoire car :

  • L’appliquer suppose un (très) gros capital de départ, pour au final gagner très peu. Il s’agit davantage d’être remboursé à tous les coups que de réellement gagner, étant donné les sommes à engager.
  • Les casinos limitent les montants des mises. Autrement dit, la stratégie peut tomber à l’eau à la première période de malchance.
  • Les chances de tomber sur le rouge ou le noir ne sont pas de 50% puisque ce serait oublier la case zéro (voire double zéro à la roulette américaine). Le raisonnement de base est donc erroné.
Selon une idée tenace, les mathématiques seraient la clé pour déjouer la mécanique des casinos et un bon matheux pourrait plumer n’importe quel établissement. Ce n’est évidemment pas si simple dans les faits. Pour commencer, les chances de gains sont toujours en la faveur de la maison et il est impossible pour quiconque de les inverser, à l’exception du comptage de cartes au blackjack. Le seul autre jeu où les mathématiques seront utiles est le poker, où les meilleurs joueurs savent calculer leur espérance de gains.
probabilités devise shadok

La martingale : une certaine vision des probabilités

2. Blackjack : Interdiction de compter les cartes

Plusieurs films (tels que Las Vegas 21) ont joué sur cette fausse idée. Dans les faits, aucune loi ne l’interdit. En revanche, il est illégal d’utiliser un dispositif électronique (ordinateur, smartphone…) pour compter les cartes.

Les salles voient cependant le procédé d’un mauvais oeil et l’interdisent pour la plupart dans leurs règlements intérieurs. Un exemple nous a récemment été donné dans la rubrique people avec Ben Affleck, prit en flagrant délit de comptage et interdit de blackjack depuis. Commentaire de l’acteur : « le fait qu’être bon à un jeu soit contre les règles des casinos en dit long sur les casinos ».

Pour « être bon » au blackjack, nul besoin d’être un génie à la Rain Man. Il suffit de maîtriser les mathématiques de base (addition, soustraction, voire une dose de division selon les techniques) et d’avoir la patience d’apprendre. Mais les compteurs ne deviennent pas plein aux as, même s’ils gagnent plus d’argent qu’ils n’en perdent.

Sans parler des subterfuges à employer pour ne pas se faire coincer :

3. Las Vegas a les plus gros casinos

Dans l’imaginaire collectif, la « Ville du Péché » est le lieu de la démesure et des plus grands bâtiments. Depuis quelques années, en réalité la « Mecque du jeu » ne se trouve plus dans le Nevada mais en Chine, à Macao. C’est désormais là-bas que sont les plus importants établissements en terme de taille, dont le plus gros du monde, le Venetian Macao :

  • 3000 machines à sous
  • 870 tables de jeu
  • 3000 chambres d’hôtel
  • 24 restaurants
the-venetian-macao

Le Venetian Macao

La ville chinoise place 4 autres de ses casinos parmi les 10 plus grands de la planète : le City of Dreams Macao, le Casino Ponte 16, le Sands Macao et le MGM Grand Macao. Il est amusant de noter que ce dernier, succursale du MGM Grand de Las Vegas, le surpasse sur le plan des mètres carrés : 20 000m2 pour le 1er, 16 000m2 pour le second.

4. De l’oxygène pour vous doper

Les casinos sont soit-disant prêts à tout pour encourager les joueurs à dépenser. Puisqu’un haut niveau d’oxygène maintient une personne alerte – quand un manque d’oxygène l’affaiblit – en diffuser dans les salles serait le moyen de voir les clients jouer jusqu’au bout de la nuit.

bouteilles d'oxygène

La botte secrète

Un pompier vous signalerait pour commencer que cela augmenterait dangereusement l’inflammabilité du lieu. Ensuite, cela demanderait des diffuseurs d’une taille bien trop importante.

Certaines pratiques relevant à peu près du même esprit sont en revanche avérées. Des expériences ont par exemple été menées sur l’influence des odeurs sur les comportements des joueurs, ce qui relève du très répandu « marketing olfactif » . De même, les boissons alcoolisées fréquemment proposées par le personnel ont précisément pour but de désinhiber les clients. Enfin, l’absence de fenêtres et d’horloges dans les salles sert à nous faire perdre la notion du temps, et donc notre lien avec la réalité.

5. Pas de crise pour les casinos

Les casinos seraient coupés de l’environnement économique et feraient de l’argent quoi qu’il arrive. S’il est vrai qu’ils ne sont pas les plus durement touchés en cas de mauvaise conjoncture, ils n’y sont pas étanches pour autant. Comme dans toute industrie, les bonnes comme les mauvaises périodes se succèdent. En France par exemple, leur chiffre d’affaire a baissé de 25% entre 2007 et 2013. A Macao, il a baissé de 49% en février 2015.

casino economie

Par ailleurs, le secteur des casinos est l’un des plus pénalisés sur le plan fiscal, avec pas moins de 6 impôts et prélèvements différents en plus des taxes de droit commun, émanant notamment des communes. Se les représenter comme des établissements coupés du monde est ainsi une erreur. Au contraire, ceux-ci participent au développement économique, touristique et culturel de leur ville, dont ils sont souvent le seul lieu d’animation tout au long de l’année. Que serait Vegas sans ses casinos ?

6. Les casinos : une blanchisserie d’argent sale

Le lien entre casino et mafia n’est pas tant un mythe qu’un anachronisme. Il est vrai que Las Vegas s’est en partie bâtie dans la 1ère moitié du XXème siècle grâce à l’implication du crime organisé. Aujourd’hui, les établissements ne sont plus tenus par les gangsters mais par des grandes entreprises, plus soucieuses de leur éthique. Par exemple, les célèbres Bellagio, MGM Grand et Mirage sont détenus par le groupe MGM Resorts International.

Surtout, les salles font l’objet de mesures de surveillance drastiques. Par exemple, en France :

  • A partir de 1000€, tout mouvement de change ou de gain est enregistré et tenu à la disposition du ministère de tutelle (Intérieur ou Finances). Même la FDJ® et PMU ne connaissent pas une telle obligation.
  • Des procédures pour détecter les mouvements d’argent suspects sont obligatoires depuis 2006, avec notamment la possibilité pour le Service Central des Courses et Jeux (SCCJ) ou les fonctionnaires des finances de contrôler à n’importe quel moment.

S’il fallait chercher quelque part des malversations financières, c’est davantage du côté des cercles de jeu qu’il conviendrait de se tourner (8/10 ont été fermés à Paris depuis 2008 pour cette raison).

7. Tables « chaudes » et tables « froides »

Il est faux de croire qu’une table présente des possibilités de gains plus élevées qu’une autre. A la roulette et au craps, les chances pour n’importe quel résultat de se produire sont exactement les mêmes à chaque lancer de bille ou de dés. Autrement dit, ces jeux sont gouvernés par l’équiprobabilité. Par exemple, un dé possède à chaque tour 1 chance sur 6 de tomber sur n’importe laquelle de ses faces.

Vous repartez donc de zéro perpétuellement. S’il y a une chose que ces jeux n’ont pas, c’est une mémoire.

Notre besoin naturel de contrôle a tendance à nous convaincre du contraire. En réalité, lorsque nous croyons être actifs et avoir une influence sur le jeu, nous ne faisons que nier le hasard.

8. Gros jackpot progressif = gain imminent

De même que compter les combinaisons de symboles est inutile, prédire le moment où un jackpot tombera est impossible. Peu importe qu’il y ait eu une ou 200 000 parties jouées sur une machine à sous, les chances de gagner sont exactement les mêmes à chaque tour (que l’on appuie sur le bouton ou que l’on tire sur la manette, d’ailleurs).

Chaque bandit manchot contient en effet un générateur de nombres aléatoires, qui émet des variables déterminant la position d’arrêt des rouleaux en fonction du moment précis où vous jouez. Si vous avez quitté une machine et qu’une autre personne y décroche le jackpot juste après vous, dites-vous qu’étant donné les millions de combinaisons possibles, il aurait fallu jouer au même moment qu’elle au millième de seconde près pour avoir la même chance.

D’un autre côté, gagner plusieurs jackpots de suite est théoriquement possible :

En revanche, les machines redistribuent en moyenne 85% des mises aux clients et il est possible, avec de l’observation et de la patience, de repérer celles qui « payent » plus que les autres.

9. Les jeux sont pipés

Les exploitants n’ont pas plus le droit de placer des aimants dans les billes de roulette (100% résine ou téflon) que d’avoir le contrôle sur les attributions des jackpots.

Ils n’ont même pas accès à l’électronique des machines, qui est placée sous scellées. Pour intervenir dessus, ils doivent être en présence d’un spécialiste agréé par l’administration.

Plus généralement, les équipements font l’objet de contrôles réguliers pour garantir un jeu équitable, et toutes les vidéos de surveillance des jeux de table – obligatoires- sont conservées plusieurs semaines et mises à disposition des autorités. Le temps du Far-West où des tables présentaient des défauts majeurs est bien loin.

10. La maison gagne toujours

Ce n’est ni vrai ni entièrement faux. Les jeux sont en effet conçus pour que les chances de gagner soient en faveur de l’établissement. De là à affirmer que ce dernier gagne toujours, c’est pousser la logique un peu trop loin. S’il n’y avait jamais de (gros) gagnants, les salles fermeraient.

En vérité, il faut distinguer les jeux de pur hasard des jeux d’adresse tels que le blackjack et le poker. Pour les premiers (roulette, machines à sous, boule…), seule la « chance » du joueur déterminera s’il gagnera ou non. Etant donné que les probabilités sont a priori en sa défaveur, il lui en faudra une bonne dose.

Au blackjack, il est en revanche possible de faire basculer légèrement les chances de son côté si l’on sait compter les cartes. La maison gagnera encore des coups, mais bien moins que face à un débutant.

Quant au poker, c’est l’aptitude du joueur à minimiser la part de hasard qui déterminera ses gains. Il s’agit surtout d’un jeu dit « de cercle » : le casino ne gagne pas lorsque les joueurs perdent, puisque ceux-ci s’affrontent entre eux. Il y a alors 2 manières de voir les choses :

  • La maison n’est jamais gagnante puisqu’elle ne fait pas partie du jeu
  • La maison gagne toujours via les prélèvements qu’elle opère pour se rémunérer
Le casino gagne toujours

Vous savez maintenant à quoi vous en tenir

Cet article vous a-t-il été utile ?Oui   Non